Bonjour de Champagne !
Nous sommes un peu moins de huit-cents à vivre ici. On nous désigne affectueusement en patois vaudois sous divers sobriquets : lè z’Aragne, autrement dit les araignées ou encore les Champagnous, allusion bien sûr aux trois champignons qui ornent les armoiries de notre petite commune.
Comment ne pas aimer notre coin de pays, ses jolies maisons campagnardes, son clocher, son grand cèdre du Liban vieux de 250 ans, ses forêts et ses vignes qui s’étalent entre les premiers contreforts du Jura et les rives souriantes du lac de
Neuchâtel ? Et comment ne pas être fiers de ce nom de Champagne que l’histoire a offert comme un présent à notre village ?
Nos aïeux se sont établis ici il y a bien longtemps. Le menhir érigé il y a près de cinq mille ans a malheureusement été détruit par ignorance au début du XIXème siècle. Mais les vestiges laissés par les Lacustres, les Romains et les Seigneurs féodaux témoignent avec force de notre histoire.
Chez nous, le vin est une vieille tradition. Les premières vignes ont probablement été plantées ici par les Romains. Mais le premier document écrit attestant de leur
existence est daté du 15 février 885. Il relate une transaction entre les Seigneurs de l'époque et précise qu’elle concerne des vignes.
A l’époque, Champagne s’appelait Campania,. Le village s’est ensuite appelé Campanias dès 899, Champanes en 1228, Champaigne et Champanie en 1453 pour enfin devenir Champagnes et Champagne. On trouve ici la trace du latin Campania et de l’ancien français Champagne – Campagne.
Pendant onze siècles, tout s’est bien passé. Et nous trouvions normal de faire figurer le nom de notre village
sur les étiquettes des vins issus de notre petit vignoble ; à peine 280'000 mètres carrés !
Les ennuis ont commencé le 21 juin 1996. Ce jour là, le Comité interprofessionnel du vin de Champagne, en France, nous a écrit pour exiger que l’on rebaptise nos vins. Plus tard, il exigera aussi que les produits de notre biscuiterie change de nom eux aussi. Nos fameuses flûtes de Champagne par exemple !
Nous avons résisté !
Mais que pèsent quelques milliers de bouteilles face à trois-cents millions d’autres, brut, demi-brut ou sec
confondus ? Sacrifiés par la politique, bousculés par la justice, nous continuons pacifiquement mais obstinément notre combat moral et identitaire.
Certains nous qualifient d’irréductibles Helvètes, nous comparent à ces joyeux Gaulois gorgés de potion magique ou évoquent encore ce jeune frondeur qui a fini par venir à bout d’un colosse biblique. Cela nous fait sourire, mais nous conforte aussi dans notre détermination à ne pas capituler, fort du soutien d’un public de plus en plus large.
L’album Champagne contre Champagne veut illustrer avec bonhommie et humour notre
combat. Des auteurs de bandes dessinées belges, français et suisses s’y sont associés pour porter notre cause. Qu’ils soient remerciés.
Bonne lecture et Bienvenue à Champagne.
www.bdchampagne.ch